10 mars 2010

Edenté

En pleine nuit, je suis réveillé par le bruit des volets qui claquent contre les carreaux, comme un fantôme. Un vieillard édenté se tient au chevet de mon lit. J'ai beau essayer de me raisonner, il ne disparaît pas. Je lui demande qui il est. Il me dit qu'il est l'horrible Gripsou. Je lui demande pourquoi il s'appelle comme ça, s'il manque d'argent... Il me dit qu'il est venu pour me dévorer. Je lui demande pourquoi, s'il n'a pas de quoi manger... Il ne répond pas. Il dit qu'il est venu pour moi, que ses yeux me guettaient de dehors à travers l'obscurité. Je lui demande pourquoi il est si vieux et si laid. Il répond qu'il n'en sait rien, qu'à travers la vieillesse il essaie peut-être d'exprimer une angoisse qui prend le visage du vieillissement suite à la mort mon grand-père il y a trois ans. En revanche il sait pourquoi il lui manque des dents, ça, il peut me l'expliquer : c'est une angoisse liée à la fois à l'irréversible et aux relations sociales avec les autres. Il dit qu'il croit que Freud a dit un truc là-dessus, il n'en est plus très sûr. Je lui demande s'il compte rester longtemps (j'ai un rendez-vous très important demain matin). Il dit qu'a priori oui. Je lui demande s'il n'a personne d'autre à emmerder. Il me dit que non, qu'il est presque au chômage. Qu'avant, il avait beaucoup de travail, quantité de gens à effrayer. Mais qu'aujourd'hui, les temps ont changé. Qu'on a arrêté de faire peur aux jeunes avec les vieux, qu'on préfère essayer de faire peur aux vieux avec les jeunes, que c'est plus rentable. Alors lui, il se retrouve au chômage, et le vide, ça l'angoisse. Il me dit que c'est con. Je lui dis que non, que moi aussi j'ai peur du vide. Alors il me dit qu'il va partir, que ça lui a fait du bien de parler un peu. Il part. Il me conseille de d'accrocher les volets pour éviter qu'ils tapent contre les carreaux...

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